Cave d'accueil

ABOIRE

Actualités du Vin

Petites annonces

Dégustations

Connaissance du vin

Clubs

Courrier Clubs

Cours

Equipement

Publications

Références

Divertissement

Reportages

La route du vin

[Archives]

ABOIRE --- Club d'amateurs de vin

Page enregistrée le 16/11/04 à 12:01

SujetTour de Farges
Posté le10/5/00
Partour.de.farges@wanadoo.fr (Marc Roussel)
LA TOUR DE FARGES

Sur la route de LUNEL VIEL à ST GENIES DES MOURGUES, au sommet d'une colline plantée de ceps de vigne muscat, un boqueteau dérobe aux regards "LA TOUR DE FARGES".

La première trace que nous laisse l'histoire remonte au XVIème siècle où la propriété appartint à Jacques de FARGES, apothicaire et parfumeur, hôte et maître des frères PLATTER, dont la demeure occupait l'emplacement du square de la Préfecture à MONTPELLIER.

C'est là qu'il eut l'honneur de recevoir du roi CHARLES IX en 1564 venu visiter son cabinet d'histoire naturelle et d'antiquités. Il mourut tristement 5 ans plus tard, pendu à la maîtresse poutre de sa maison, pillée par la foule pendant les troubles religieux.

De l'ancien domaine, il ne reste que 2 tours, dont l'une fut un pigeonnier. La 3ème qui orne le domaine fut construite au 19ème siècle et fut une tour du réseau de télégraphe Chappe. Sur le flanc de la colline, s'élevait la villette de "Montels", une de ces agglomérations mystérieusement disparues au Moyen Age dont une croix de calvaire, encore vénérée de nos jours rappelle l'existence.

Depuis la fin du XVIIIème siècle par les FOURNIER DE SERVAN, fermiers généraux, la Tour de Farges appartient à la famille SABATIER D'ESPEYRAN, et aujourd'hui à Irène SABATIER D'ESPEYRAN-ROUSSEL .

François SABATIER qui en fut le propriétaire au cours du 19ème siècle. Il était un de ces amateurs d'art qui, comme FABRE, BUYAS, VALDEAU et tant d'autres, avaient su lier amitié avec des artistes de talent.

François SABATIER avait rencontré à FLORENCE la célèbre cantatrice viennoise Caroline UNGHER qui créa la IXème symphonie de Beethoven soulevant l'enthousiasme de VIENNE dans le rôle de CHERUBIN DES "NOCES de FIGARO", créa à PARIS au théâtre des Italiens en 1832 le DON JUAN de MOZART et fut au théâtre de LA PERGOLA de FLORENCE, l'idole du public dans SEMIRAMIS et LE BARBIER DE SEVILLE, François SABATIER l'épousa en 1840.

Grace à lui, après FABRE et la duchesse d'ALBANY, FLORENCE et MONTPELLIER s'unirent par les Arts et l'Amour.

Le ménage vécut à FIESOLE, à DRESDE et enfin à LA TOUR DE FARGES où elle vécut avec son mari un amour tendre et mélancolique.

Homme de lettre, François SABATIER écrivit une traduction du FAUST DE GOETH respectant la métrique allemande. Son Suvre fait encore autorité après celle de Gérard DE NERVAL.

Amateur de peinture, il fréquentait à PARIS et appelait à LA TOUR DE FARGES les jeunes peintres les plus turbulents, notamment ceux du groupe "LA CAMBUSE".Il se lia d'amitié avec DE VERIA, PAOETY élève de INGRES, (marseillais qui mourut du choléra), le romantique RICARD dont le Musée FABRE possède quelques toiles d'un charme délicat, COURBET de qui le portrait de SABATIER passa longtemps pour celui de PROUDHON, tant il est vrai que rien ne ressemble plus à une barbe qu'une autre barbe.

COURBET peignit un délicat paysage de la TOUR DE FARGES. Tous ces peintres vinrent à la TOUR DE FARGES y ont travaillé, ont reçu le choc de la lumière délicate qui s'y répand. Si dans leur Oeuvre, ils se plient encore à de tyranniques influences, ils ont su, notamment dans le tableau de COURBET, garder le lent et délicat travail de ce contact avec la nature et la luminosité des paysages languedociens qui fera quelques années plus tard la célébrité d'un Frédéric BAZILLE.

De son côté, Caroline UNGHER, éloignée de la scène par amour en pleine gloire, recevait avec son mari, les artistes lyriques venus prendre ses conseils, l'entendre et partager avec elle quelques instants du paradis de la musique et du chant a capela.

Fréquemment le train à vapeur de NIMES s'arrêtait en gare de LUNEL VIEL. En descendait une jeune beauté blonde, dont la crinoline à la dernière mode, les gants brodés et la capeline fleurie détonnaient et ravissaient les femmes des mas encore vêtues d'un seyant mais rustique costume provençal : c'était les soeurs KLAUS et Lily LEEHMANN dont les voix fraîches montaient le soir dans le grand salon ouvert sur la campagne endormie accompagnée du chant des grillons perdu dans les vignes encore tièdes de la chaleur du jour.

La TOUR DE FARGES était un salon de culture internationale, de chant, une académie de peinture romantique, un lieu où se répandait à profusion l'esprit et le goût.

Un jour, d'un wagon brinquebalant, un homme, au teint pâle, au regard fixe se posant sur toutes choses, examinant le paysage comme un poète, le scrutant comme un homme de science, se faisant indiquer la direction des étangs, la silhouette du village emplissant ses yeux de lumière et de souvenirs, l'énigmatique et silencieux visiteur n'était que Jules MICHELET que les villageois saluèrent alors que l'attelage s'enlevait au trot pour LA TOUR DE FARGES.

Un autre matin d'hiver, descendit du train, un homme de bonne taille, vigoureux et trapu. L'air frais le faisait tousser il avait apparemment de l'asthme. Ses yeux bruns immobiles et persans, sa barbe et ses longs cheveux indiquaient un esprit tendu par l'effort permanent de la pensée. Il avait l'aspect calme et paisible d'un professeur de philosophie. Sortant un billet de son portefeuille, il le tendit avec politesse au chef de gare intrigué, et lui demanda, avec un fort accent allemand, s'il y avait loin jusqu'à LA TOUR DE FARGES. Mais déjà s'avançaît le cocher et le chef de gare entendit un nom. Ce n'était, à vrai dire ni l'un de ces peintres connus, ni un acteur ni un de ces écrivains qu'il avait coutume d'accueillir. Il avait simplement dit au cocher un nom, bien anonyme : "Pardon, mon ami, n'est-ce point moi que vous cherchez ? Je me nomme KARL MARX".

Celui qui, avec ENGELS venait de lancer au monde le manifeste du Parti Communiste, qui portait sur lui son ouvrage célèbre 'LE CAPITAL'. Il venait passer quelques jours chez son ami SABATIER, lui confier ses malheurs, lui confier "sa révolution" lui demander aide et assistance au travers des arrêtés d'expulsion qui le poursuivaient de FRANCE, en ALLEMAGNE et BELGIQUE, avant de se poser à LONDRES. Cet évènement donnera sans doute à LA TOUR DE FARGE une célébrité quasi religieuse et qui constitue une preuve nouvelle qu'en LANGUEDOC, on fait décidément des rencontres bien inattendues au fil des ans et des chemins.

Il y a d'ailleurs sans doute, des lieux prédestinés. Hier encore, C'était une grande cantatrice qui choisit LA TOUR DE FARGES pour prendre une glorieuse retraite. Jeanne CROS, y retrouvera jusqu'à ses derniers jours, l'écho triomphal de l'Opéra et le souvenir délicat du bon félibre ROUX.

cave d'accueil

Association
Blésoise des
Oenophiles sur
Internet et autres
Réseaux
Equivalents

©1997-2001
Tous droits
réservés

haut de cave