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ABOIRE --- Club d'amateurs de vin

Page enregistrée le 17/11/04 à 10:45

SujetMontrachet, Laguiche et Cie [TRES LONG]
Posté le26/8/99
Parhananfafi@my-deja.com
Bonjour,

Comme demandé par Patrick Laget, voici donc la copie d'un long article sur le Montrachet, déjà paru sur frbv.

Bien cordialement,

Hanan

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Suite à divers récents messages, il ne serait peut-être pas inutile de rappeler un certain nombre de choses à propos du Montrachet et de la dénomination "Marquis de Laguiche". Voici donc quelques réflexions et jugements qui sont purement personnels et que personne n'est obligé de partager ;-)

La totalité de l'appellation Montrachet est constituée d'un terroir minuscule de quasiment 8 ha, d'un seul tenant. De forme grosso modo rectangulaire, il est réparti sur deux communes : Puligny et Chassagne. On estime que la parcelle la plus noble est celle située sur Puligny, plus étendue d'un peu plus de la moitié que celle de Chassagne. Je ne partage pas cet avis.

Le nom de Montrachet existe au moins depuis le XIIIème siècle et apparaît souvent sous diverses appellations successives : "Mons Rachicencis", "Mont Rachaz", "Mont Rachat" qui devint "Montrachat" au XVème siècle. L'origine du nom est controversée : certains pensent qu'il vient du Mont-Chauve, d'autres du Mont de l'Oiseau de proie, le rachet. Fin XVIIIème, Thomas Jefferson note des "achats de Montrachet". Toutefois au XIXème, les gens du coin parlaient par exemple du lieu-dit "Morachet Bâtard" alors qu'à la même époque, le savant docteur Jules Laval se référait à deux Montrachet, selon la commune. Il en comptait plus de 10 ha avec une majorité sur Chassagne.

D'une façon générale, on ne prononce pas le t, on dit Mont-rachet plutôt que Mon-tra-chet, les bourguignons ayant tendance à adoucir les noms (Auxey se prononce " Aussey ", Fixin " Fissin ", etc...). Mais je connais certains propriétaires qui prononcent Mon-tra-chet. Toutefois, cet aspect m'est tout à fait indifférent lorsque j'en bois un : certains sont sublimes, que dis-je, orgasmiques, qu'il s'agisse d'un Mon-tra ou d'un Mont-ra ;-)) J'ai parfois ressenti des émotions que je n'oublierai jamais : la complexité, l'opulence, l'équilibre, l'élégance, la longueur démesurée : tout y est !

A partir du XIXème siècle, plusieurs classements plus ou moins officiels apparaissent et situent le Montrachet en première cuvée, en première classe, en première ligne, etc... Des abus apparurent et de nombreux propriétaires du secteur se mirent à vendre certains actuels 1ers crus de Puligny ou de Chassagne sous l'appellation abusive de Montrachet. Les propriétaires authentiques engagèrent une action en justice et un jugement du Tribunal de Beaune fut rendu en 1921, concernant les appellations d'origine délimitant précisément les parcelles ayant droit à l'appellation "Vrai Montrachet, Grand Montrachet ou Montrachet tout court". Toute infraction constatée condamnait le fraudeur à dédommager chaque authentique propriétaire : dissuasif !

Au XXème siècle, de nombreux propriétaires se partagent des surfaces très inégales: pendant longtemps, le Marquis de Laguiche en détint la plus grande. Aujourd'hui, c'est Drouhin qui s'occupe de cette conséquente parcelle d'un seul tenant, environ un quart de la surface totale. (voir plus loin)

Autre gros propriétaire : le baron Thénard qui fait distribuer ses Montrachet par des négociants, notamment Remoissenet. Quelques bouteilles sont toutefois réservées à de grands amateurs, à des personnalités (présidents de la république, pape, etc...) ou certains grands restaurants. Je garde personnellement des souvenirs particulièrement émouvants des 73 (un des meilleur jamais bu) ainsi que des 78 et 85.

En revanche, il existe de nombreux "petits" propriétaires possédant moins de 8 ares répartis sur plusieurs parcelles. Etant donnés la rareté de ce vin, son prestige et le fait que certains Montrachet dominent haut-la-main le Chardonnay mondial (à mon avis qui n'engage que moi mais que je partage complètement ;-), il est évident que bien peu de gens parviennent à s'en procurer, d'autant que les prix sont conséquents : chez certains cavistes, on en trouve à 1500F de chez Lafon (Hédiard) et jusqu'à 4 500 F provenant du Domaine de la Romanée-Conti, et ce, pour des millésimes récents !

Toutefois, il existe de médiocres Montrachet et même, parmi ceux-ci, certains qui sont réellement honteux. Par exemple ceux vendus par Nicolas il y a quelques années, n'étaient pas même au niveau d'une appellation Villages d'un grand viticulteur. Toutefois, ne comptez pas sur moi pour publier une liste noire de mes déceptions :-]]

- Le Domaine de la Romanée-Conti a fait l'acquisition, les années 60 via Leroy, de deux parcelles puis d'au moins une troisième plus tard. Le tout représente sans doute environ 70 ares. Leurs Montrachet sont souvent d'une opulence et d'une complexité grandioses (78, 83, 85) mais absolument hors de prix et il est très difficile de s'en procurer. Ils sont parmi les plus beaux que j'ai jamais goûtés mais certains millésimes me parurent parfois assez décevants, par exemple 69.

- Les Chevalier-Montrachet du Domaine Vincent Leflaive surpassent bien des Montrachet mais ce dernier est aussi, depuis 71, propriétaire d'un peu de Montrachet (confidentiel et réellement inoubliable, car la "patte" de Leflaive est unique, notamment dans l'abondance et la variété des arômes, souvent violents). La surface occupée par Chevalier-Montrachet est encore plus petite que celle de Montrachet. En revanche, Batard est un peu plus étendu.

- Par ailleurs, j'ai toujours eu une grande admiration pour les Meursault Perrières et Genevrières de Lafon que j'estime insurpassés. En revanche, ses Montrachet, superbes et très originaux, ne figurent tout de même pas parmi les meilleur que j'ai bu (toujours à mon goût évidemment...) Toutefois, jusqu'en 94, c'est Pierre Morey, remarquable viticulteur au demeurant, qui s'en occupait avant de rejoindre Leflaive. Au-delà, je ne sais pas ce qu'il en est.

- Bouchard a longtemps produit des Montrachet indignes. Mais les méthodes de vinifications ont radicalement changé depuis quelques années. Il faudra voir la longévité mais le résultat semble actuellement prometteur.

- Ramonet, véritable vedette de l'appellation, habite Chassagne et ses climats aussi. Le père Pierre Ramonet (décédé) m'avait confié que sa récente acquisition d'une petite parcelle de Montrachet (moins de 60 ares, en 77 je crois) était le couronnement de toute sa carrière : il n'en était pas peu fier. Toutefois, ce sont surtout ses Montrachet que je critique et l'engouement général qu'ils provoquent, alors que leur vieillissement est souvent discutable, y compris dans les grands millésimes : j'en ai eu de nombreux et les 78, par exemple, ont bien vite vieilli pour une année aussi somptueuse, contrairement à ce que disent beaucoup de critiques qui le portent aux nues. Chacun ses goûts....

Ses Batard sont relativement moins intéressants pour leurs prix mais de bonne longévité et ses Chassagne, dans leur genre, étaient très agréables. Je dis "étaient", car je n'en ai pas bu depuis longtemps...

J'en reviens au Marquis de Laguiche : célèbre dès le XVIIIème siècle, la famille Laguiche apparaît en Montrachet vers 1775 à la suite d'un mariage. Une telle longévité est exceptionnelle dans le vignoble bourguignon. Puis la Révolution bouleverse bien des choses : les biens de la famille sont vendus à l'Etat et un de la Guiche est condamné à mort puis guillotiné. Je ne sais pas comment la famille a réussi à redenir propriétaire après la Révolution. Il semblerait que ce soit grâce au régisseur de la propriété.

Déjà commercialisé par le négociant Drouhin, selon divers accords avec les de la Guiche, Drouhin vinifie complètement aujourd'hui en Montrachet plus de deux ha, une véritable manne. Cette maison, qui produisait des vins bien médiocres jusque dans les années 80, fit l'objet d'une reprise en main vigoureuse qui modifia sensiblement les vinifications. Ils firent notamment de nombreux essais systématiques sur plusieurs variétés de tonneaux de chêne neuf.

Toutefois, les résultats ne m'ont jamais réellement convaincu. Entendons-nous bien : les Montrachet du Marquis de Laguiche vinifiés par Drouhin sont de très grands vins et je n'ai aucune intention de les dénigrer. Mais, à mon goût, ils ne sont pas au niveau de certains autres, du moins pour ceux que j'ai eu l'occasion de goûter.

Au milieu du XIXème siècle, le marquis de Cussy, grand gastronome et écrivain, écrivit ceci:

"O Montrachet ! Divin Montrachet ! Le premier, le plus fin des vins blancs que produit notre riche France, toi qui est resté pur et sans tache entre les mains de ton honorable propriétaire, M. le marquis de Laguiche, je te salue avec admiration !"

Et Alexandre Dumas disait : "Il faut le boire à genoux !"

-Enfin, Etienne Sauzet, Jacques Prieur, Marc Colin ou le négociant Louis Jadot produisent aussi d'assez grands Montrachet. Attention, cette liste de grands producteurs ne prétend nullement être exhaustive !

Alors, le prix de ces vins est évidemment exorbitant, surtout depuis quelques années, et semble inacceptable sans doute à beaucoup d'entre vous. C'est aussi mon avis. Mais, pour ceux qui sont vraiment amateurs avertis de Chardonnay, ce nectar mérite qu'on casse un jour sa tirelire pour en goûter au moins un, à jeun, en compagnie d'un ou deux amateurs comme vous : je pense que vous ne le regretterez pas et vous ne risquez pas d'oublier cette expérience. Attention toutefois à la provenance, au millésime et à la maturité qui se situe entre 5 et 20 ans, selon les millésimes et les producteurs. Boire un grand Montrachet trop jeune peut s'avérer assez décevant, car il sera fermé : une fois débouché et goûté, vous ne pourrez plus que l'aérer dans une grande carafe et attendre un peu : l'attente stimule le plaisir ;-)

En résumé, mes plus grands souvenirs proviennent de Thénard, du Domaine de la RC et de Leflaive. Mais il m'est arrivé plusieurs fois d'acquérir des flacons indignes de leur appellation. Alors, méfiance ! Ne gaspillez pas votre argent ;-))

Enfin, à l'intention de ceux d'entre vous qui sont milliardaires, on trouve souvent de grands Montrachet sur la carte de restaurants 3 macarons Michelin. Si le coeur vous dit ;-] , insistez auprès du sommelier qui vous en dénichera, même hors carte, car trop rares. Je connais des sommeliers qui escamotent un certain nombre de grandes bouteilles de la carte des vins. Ils veulent éviter la consternation de les voir absorbés par le gosier d'un riche client, rajoutant des glaçons dans son verre. J'ai reçu à ce propos des confidences stupéfiantes.

Hanan

P.S. Pour la petite histoire, je signale que les technocrates ingénieurs des Ponts et Chaussées avaient conçu, vers la fin des années 50, un projet de tracé d'autoroute qui nécessitait la construction d'un viaduc passant exactement au-dessus des vignes de Montrachet. Ce projet fut "adopté" en 61 par les ministres de l'époque. L'enquête publique montra que la base d'un pylône devait être creusée dans les vignes du Montrachet ! Quant à l'ombre provoquée par le viaduc, on n'y avait pas même pensé.

La levée de boucliers locale qui s'en suivit permit de faire adopter, en 64, l'actuelle variante de Beaune, moins coûteuse... Ouf, le climat de Montrachet est resté intact !

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